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Même handi... Vivons fort !

D'un safari au KENYA au KILIMANDJARO

J'ai toujours été attiré par l'Afrique noire et les animaux sauvages en liberté…
En mars 1994 j'ai effectué un voyage d'aventures de 2 semaines au Kenya avec un pied à terre à Mombasa située sur la côte Est bordée par l'Océan Indien.
Lors d'un vol intérieur pour se rendre aux Parcs Nationaux de Tsavo (Ouest et Est) puis d'Amboseli, à bord d'un petit coucou, un fascinant spectacle s'offrit à moi, comme Ernest Hemingway en son temps. En survolant ces parcs, nous sommes passés tout proche du plus haut sommet d'Afrique le Kilimandjaro. Un immense caillou aux sommets enneigés au milieu d'une immense savane désertique.
Souvenirs inoubliables et grandioses qui allaient faire naître un rêve…

photo d'un éléphant avec le kilimandjaro en arrière plan

C'est alors que, 2 ans et demi après, perdu au cœur de la savane, entre peuple Masaï, porteurs et guide Shagga, se profile à l'horizon, haut de ses 5.895 m, le Kilimandjaro aux neiges éternelles …
Une magnifique expérience enrichissante.

22 septembre 1996 début du rêve africain

Après presque un an de préparation, j'ai d'abord découvert pendant 8 jours la Tanzanie avec les visites des lac Natron puis des Parcs Nationaux de Serengeti, du N'Gorongoro et de Tarangire. Puis je me retrouve enfin à l'entrée du Parc National du Kilimandjaro tout près du petit village de Marangu.
Le point de départ "Marangu Gate" est situé à 1.800 m d'altitude au cœur de la forêt équatoriale que je traverse jusqu'à Mandara (2.727 m), refuge (hut) où je passerai ma première nuit. Cette ascension me permettra de traverser divers stades de végétation: épaisse canopée, bruyères arborescentes, landes puis séneçons géants et Lobelia (2.800 à 4.000 m), désert alpin (4.000 à 5.000 m), lichens (au-delà de 5.000 m), et peut être… le sommet, pour lequel doit être vaincu le mur final, avant d'atteindre Uhuru Peak (le Pic de la Liberté, en swahili) ou le "Ngage Ngai" ("la maison de Dieu" pour les Masaï).

Préparation

Photos Mont BlancPhotos Mont Blanc

Ma préparation est avant tout passée par une multiplication des autocontrôles glycémiques capillaires dans mes différentes pratiques sportives, et au quotidien, afin de posséder une bonne connaissance de mes réactions lors d'efforts brefs et/ou prolongés.
J'ai cependant, vue la durée de l'ascension, privilégié les sports d'endurance.
L'hiver 1995-96 a été l'occasion de s'adonner à la marche en raquettes en moyenne montagne, le printemps fût consacré à la course à pied (10 km, semi-marathons), enfin l'été à la haute montagne : Pyrénées Carlit,
Alpes Mont Blanc du Tacul,Dôme des Ecrins.

Objectifs

Si cette expérience sera avant tout réalisée pour mon plaisir et le désir d'une quête… un rêve…, je souhaitais montrer que dès lors que le diabétique s'implique dans la gestion de son état, par une pratique régulière de l'autocontrôle glycémique, une bonne connaissance de la théorie et de lui-même… ses rêves les plus fous deviennent possibles, en toute sécurité et qu'on peut repousser ainsi ses limites.
Aussi, je souhaite faire partager cette belle expérience, et à travers celle-ci, favoriser la promotion du sport chez les diabétiques, tant pour leur bien-être métabolique que psychologique. Si on s'en donne les moyens, on peut réaliser beaucoup de choses, sportives ou autres, en fonction de ses aptitudes et désirs. Et cela touche tout le monde, les diabétiques et les autres. "Même si….. vivons fort!"
… Et, peut-être, aussi, malmener certaines idées reçues…, lever certains interdits…
Une observation glycémique et alimentaire journalière sera réalisée lors de cette ascension.

Méthode

Avec un traitement par injections sous stylo, il m'a paru intéressant de noter tous les actes et évènements réalisés pendant cette ascension. J'ai opté pour un contrôle horaire ou toutes les 2h lors des 4 premiers jours d'ascension. Je savais par contre que les contrôles seraient plus difficiles lors de la dernière nuit d'ascension, notamment en raison du froid et des difficultés liées à l'altitude. Pour ces dernières raisons, entre 3.500 m et le sommet, j'ai décidé de mettre le stylo et le lecteur utilisés sous ma veste de montagne et mon polaire, tout contre moi, afin de les préserver et de les utiliser correctement autant que possible.

Parfois, "mes manipulations" intrigueront porteurs, guide et touristes, et seront l'occasion de discussions passionnantes. Pas courant les lecteurs de glycémie et les Lilly Pen sur le Kili!
A Joseph, mon Guide pour cette ascension, à qui j'avais clairement expliqué en anglais "le diabète" tout comme mes objectifs auxquels il souscrivait pleinement, je lui proposerai parfois un test. "A Horombo" me répondra-t-il. En fait, bien que très attentif à mes résultats il n'osera se prêter au jeu…

Parcours

Carte du parcours effectué

J'effectuerai chaque jour 1.000 m de dénivelé en moyenne avec toujours en tête cette notion de "s'économiser" pour l'ascension finale de la dernière nuit, et de me nourrir correctement avant d'atteindre le refuge Kibo (4.750 m) où toute alimentation devient aléatoire.

Déroulement de l'ascension – Voie Marangu (ou "Coca-cola rout")
Dimanche 22 septembre 1996
Marangu (1.800 m) – Mandara (2.727 m) 3h

Lundi 23 septembre 1996
Mandara (2.727 m) - Horombo (3.780 m) 5h

Mardi 24 septembre 1996
Acclimatation à l'altitude
Horombo (3.780 m) – Zebra Rock (4.100 m) - Horombo (3.780 m) 2h30

Mercredi 25 septembre 1996
Horombo (3.780 m) – Kibo (4.750 m) 4h10

Jeudi 26 septembre 1996
Kibo (4.750 m) – Uhuru Peak (5.895 m) - Kibo (4.750 m) - Horombo (3.780 m) 14h30

Vendredi 27 septembre 1996
Horombo (3.780 m) - Marangu (1.800 m) 6h00

L'équipe

Joseph, 25 ans et déjà de multiples ascensions jusqu'au sommet, mon guide Shagga, s'entourera de 5 porteurs dont 1 cuisinier. Car, après paiement des taxes d'entrée, l'accès au Parc National du Kilimandjaro n'est autorisé qu'avec l'accompagnement de porteurs et d'un guide "professionnel" locaux.
Tous les matins (sauf journée d'acclimatation et sommet) je serai réveillé vers 06h30, au thé chaud, puis petit-déjeuner vers 07h00, départ vers 08h00, déjeuner vers 12h00 et dîner à 17h00, d'où une modification de mon schéma insulinique habituel.
Les porteurs sont limités à 15 kg chacun, soit mes sacs et le nécessaire aux repas forts copieux qu'ils me préparent.
Chaque repas est composé de sucres simples (fruits), complexes (pâtes, riz…), légumes et viande. Je dormais dans une "hut" de 4 places, ce qui chaque jour me permettra de nouveaux échanges et rencontres.
En matière d'hygiène, aucune douche possible; une bassine d'eau chaude déposée au pied de la "hut" tous les matins me permettra d'effectuer une toilette rapide. Autant dire que je redoublerai de prudence à l'apparition de la moindre égratignure.

Côté matériel

J'avais suffisamment emporté de matériel médical (lecteurs, bandelettes, stylos préremplis, compresses préalcoolisées, compeed, …). J'avais en permanence à portée de main: lecteurs de glycémie (Glucometer IV et Blue Card), sucres et barres de céréales.
Pour éviter tout problème dû au froid, les lecteurs et insulines dormaient… dans mon duvet, puis au-delà de 4.750 m, ils étaient protégés "au chaud", soit dans les "huts" soit proches de mon corps. Mes insulines de réserve n'ont pas dépassées 4.750 m donc pas exposées au gel.
Tout se passa bien de ce côté.

Premiers pas vers "Uhuru"…

De Marangu Gate (1.800 m) à Kibo (4.750 m) je ne rencontrerai pas de problème très gênant au niveau glycémique ni alimentaire. Pour les adaptations insuliniques je prendrai un peu de temps pour réfléchir aux bons compromis possibles avec petites corrections éventuelles en fonction des résultats, de l'alimentation et des efforts.

Mais à noter:
- Une hyperglycémie postprandiale après le petit-déjeuner du 22/09, due à une trop faible dose d'insuline alors que notre effort n'a débuté que vers 10h. Peut-être aussi, un rien de stress pour mes premiers pas vers Uhuru …
- Une hypoglycémie le 24/09 lors de la journée d'acclimatation à Horombo qui ne présentait, pourtant, aucune difficulté. Peut-être un peu de relâchement additionné à un effort de 3 jours …

25 septembre 1996 – Kibo à 4.750 m

Après seulement 4h de marche particulièrement ventées (5h prévues par le guide), je parvenais à Kibo Hut, dans une ambiance différentes des refuges précédents. Ici, arrivent ceux qui viennent de vaincre le sommet, radieux, comme ceux qui, malades et éreintés, reviennent déçus de n'avoir vu Uhuru Peak.
Lorsqu'un Shagga, maître des lieux, me demandera: "Tomorrow, Uhuru?". Je répondis "I'll do my best". Alors, comme un vieux sage, il me rétorqua: "You must believe you can do it, if you believe it, you suceed, but polle, polle".
Ces paroles me reviendront à l'esprit dans la nuit…

NB: il est impératif pour toute personne voulant s'attaquer au Kilimandjaro de parler anglais, d'une part pour les relations avec le guide et les porteurs, d'autre part pour profiter de contacts internationaux, car le mythe du Kili attire et touche les Belges, comme les Autrichiens, Allemands, Sud-Africains, Anglais, Américains, …

Arrivé à Kibo (4.750 m) en tout début d'après-midi j'ai opté pour une sieste de 14h à 16h30, juste avant le repas. J'aurai beaucoup de mal à m'alimenter, un comprimé contre les nausées me facilitera les choses.

Convaincu que ma réussite du sommet passe par le repos et le sommeil avant que ne débute l'ascension à 1h du matin, j'ai décidé de prendre un somnifère. Je ne pouvais pas partir fatigué (levé depuis 06h30) et craignais de mal ressentir une hypo nocturne, j'ai opté pour un demi-somnifère. Réveil à 1,15 g/l, parfait!
Pour cette nuit, j'ai conservé une couverture d'Umuline NPH (injectée à 17h).
Très dur d'avaler le petit-déjeuner de 1h du matin, dans la précipitation du départ et la pagaille du refuge!

Départ vers le sommet: 26 septembre 1996 à 1h du matin

La température extérieure est relativement douce (-2°C environ), et emboitant le pas de Joseph, les 2 premières heures ne me posent pas de problème, je progresse lentement, sans difficulté.

A 2h, ayant une sensation d'hypo, je tente un contrôle glycémique, mon lecteur affiche "Erreur". Tout aussi peu de chance à 4h00, lorsque parvenu à 5.300 m, j'essaye une seconde tentative avec mes 2 lecteurs différents. Pourtant ils étaient conservés au chaud dans mes vêtements. La température extérieure est alors quant à elle d'environ -10°C.
Je me re-sucre au "feeling", transi de froid. Je verrai à Gillmann's Point, je me fais confiance.

Vers Gillmann's Point 5.685 m

Enfin au sommet du kilimandjaro

Les 300 m de dénivelé qui me séparent de Gillmann's Point sont vertigineux, sur un sol volcanique où 3 pas en avant impliquent automatiquement 2 pas en arrière. A cette altitude, "polle, polle" devient la règle de base! Je songe alors au plaisir de la descente: plus de 1.000 m de pierrier à dévaler en courant!
Mais, pour l'heure, avec obstination, j'avance… un pied devant l'autre…
Lorsque j'entends Joseph fredonner, je repense alors aux différents écrits lus sur le Kili avant mon départ: "la montée vers Uhuru est aussi abrupte qu'interminable… si l'on savait tout ce qu'il y a au-dessus de nos têtes, sans nul doute, l'on ferait demi-tour… Heureusement, cette partie se réalise de nuit (pleine lune en ce 26 septembre!)… alors le guide adresse à la montagne une chanson plaintive, comme pour l'amadouer…".

C'est donc à ce moment précis qu'il faut avancer, tant sur le sol… que dans la tête… Motivé, je poursuis mon ascension, croisant ceux et celles qui redescendent vers Kibo Hut, accablés de fatigue et ne supportant plus l'altitude.
Vers 7h00, après avoir assisté à un lever de soleil sur une mer de nuages, je parviens à Gillmann's Point (5.685 m). Là, nous retrouvons, mon guide et moi, Franck, accompagnateur Atalante (mon Agence) d'un autre groupe de français. Venu à notre rencontre, il accompagnera mes derniers pas vers Uhuru.

A 5.685 m, j'ai 1.96 g/l et je fais 2u de rapide. Je subis un petit vomissement (hyper ou altitude?). A 2.31 g/l entre Gillmann's Point et le sommet, avec les mêmes symptômes, je fais 4u de rapide cette fois. J'avais avec moi un stylo Lillypen de rapide conservé précieusement près de mon corps afin d'éviter tout problème dû au gel.
Je resterai élevé durant une bonne partie de la descente, et donc mon insuline rapide peu efficace. Pourtant, l'utilisation du même stylo dans l'après-midi, prouvera bien qu'elle n'a pas été altérée (soucis dus à l'altitude ?).

Ensemble… Au sommet… 5895 m

Enfin au sommet du kilimandjaro

Il est 10h00. L'arrivée au sommet, après 9h d'efforts, entrecoupées de pause, reste pour moi un instant magique – partagé avec mon guide Joseph et mon accompagnateur Franck -, où d'indescriptibles sentiments de joie, de liberté, de paix aussi… m'envahissent, en silence…

Je procède alors au test "sommital"… 1.50 g/l (lecteur Blue Card), le tout sous une température d'environ 2°C (bon fonctionnement du lecteur) et une luminosité extrême…
Une heure durant, je profiterai du spectacle qui s'offre à moi en ce sommet de bout du monde, toit le plus haut d'Afrique, aussi mythique qu'inoubliable, avec les traditionnelles photos devant le panneau:
"You are now at the Uhuru Peak the highest point in Africa…"

En cet instant, sur cette mer de nuages, l'émotion rejoint le rêve…
Le rêve devient réalité…

 

Retour…

Après 1h00 au sommet, j'entame la descente. Le songe nocturne devient réalité: plus de 1.000 m de pierrier dévalé en courant!
La redescente sera marquée d'une élévation glycémique passagère, avec 3.32 g/l vers 13h00 et injection de 10u de rapide à Kibo Hut. Arrivée à 16h30 à Horombo où je passerai la nuit.
Entre Kibo Hut et Horombo, en traversant la plaine volcanique nommée "la Selle" vers 4.300 m, comme appelé par Kibo, je me retournais. Il faisait très beau avec un ciel bleu comme j'en ai rarement vu. J'ai alors admiré ce panorama sur la partie sommitale du Kibo. Et j'ai dit "Je te remercie énormément Kibo, tu m'as permis d'aller au sommet et d'en revenir. Quel immense plaisir. Je te remercie de ce merveilleux cadeau!"
J'ai remercié cette montagne comme le font souvent les alpinistes dans l'Himalaya. Pour moi, tout un symbole.

La journée suivante (28 km le 27/09) sera relativement stable, sans incident glycémique notoire ou autre. 7h00 de marche avec une pause à Mandara pour le déjeuner.
Le vendredi 27 septembre 1996, arrivée à 15h00 à Marangu où se déroulera un rassemblement avec les guides, participants et porteurs avec remise de diplômes à ceux qui ont vaincu le sommet et distribution des rétributions dues aux guides et porteurs.
Fin de l'aventure heureuse et retour vers Arusha puis la France.

Pourtant, après cette expérience unique, la "reconnexion" à la vie quotidienne sera loin d'être facile…
Mon esprit erre toujours en Afrique… Avec, encore un peu plus qu'avant, cette envie de dire aux diabétiques "osez bouger, donnez-vous en les moyens, … Equilibre et plaisir seront au rendez-vous…"

A ma diabétologue rencontrée peu après mon ascension, j'ai posé la question suivante: "pensais-tu que je prenais des risques?"
"Habituée à ne voir que des diabétiques déséquilibrés, je le pensais" me répondra-t-elle. "Or, tu m'as prouvé le contraire par ta démarche…"

J'ai réalisé un diaporama de cette expérience. Après mon retour d'Afrique, de nombreuses conférences liées souvent au diabète ont eu lieu durant 2 années dans toute la France. Je présentais mon diaporama et des discussions/débats faisaient suite. Des moments intenses et riches de partage, de plaisirs et de pensées positives.

Sur le chemin du retour, on voit le kilimandjaro

"If you believe it, you can do it, even if…"
Ce sommet n'est pour moi ni un exploit, ni une fin en soi, simplement un intense moment de plaisir à partager,
un formidable projet humain, médical et sportif, un pas de plus vers … "Uhuru"…

Éric M.

Au moment de l'Ascension :
33 ans (né le 02/01/1963 à Tarascon – 13150)
Contrôleur de Gestion
Direction Générale France Télécom Avignon


Diabétique insulino-dépendant depuis 1965
(31 ans de diabète lors de l'ascension)
Traitement : 4 injections (Umuline) / jour / Stylo
Diabétologue : Dr Denyse VANNEREAU
Centre Médical du Grau du Roi (30240)

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